Alexander L. Dvorkin

Président du CRS[1], Moscou

 

SECTES DESTRUCTIVES ET DROITS DE L’HOMME 

 

Chers amis et collègues……

 

Soyez les bienvenus à notre conférence ! J’espère que nous aurons deux jours de travail productif devant nous.

Tous ceux d’entre nous réunis ici croient qu’une réelle menace sur les doits de l’homme et sur les libertés démocratiques est suspendue au dessus de nos pays. Cette menace provient d’organisations que nous appelons habituellement des sectes totalitaires ou destructrices, ou en bref simplement : sectes. L ‘activité effrénée de sectes, qui prend l’aspect d’une expansion non-dissimulée causant des dommages irréparables à la santé et au bien-être des gens, en violant les droits humains fondamentaux, pose une menace envers l’individu, la famille, la société et l’Etat.

Les sectes se définissent comme des organisations, dont en réalité les leaders autoritaires s’efforcent à la prise d’influence sur leurs membres pour leur exploitation, cachent leurs intentions sous des apparences religieuses, politico-religieuses, psychothérapeutiques, de santé, d’éducation d’information scientifique, de culture, et autres. Les sectes se servent de tromperies, d’information sélective, et de propagande insistante, pour attirer de nouveaux membres, et usent d’autres moyens contraires à l’éthique pour prendre le contrôle de la personnalité, pour exercer des pressions psychologiques, ou par l’intimidation et d’autres moyens de retenir leurs membres dans leurs organisations. Ainsi les sectes violent le droit humain à la liberté d’un choix informé par la vue du monde, et son mode de vie.

Nous croyons que le danger des sectes consiste, en particulier, en leur structure autoritaire qui viole souvent les valeurs démocratiques généralement acceptées, en cela que leur idéologie fondamentale et leurs déclarations sur la correction absolue de leurs leaders en matière de « salut de l’âme » trompent les gens, et prennent un pouvoir complet sur ceux qui recherchent une transformation et une nouvelle orientation pour eux-mêmes. Le danger consiste aussi en la soumission inconditionnelle de leurs adeptes, envers qui des menaces très subtiles sont employées.

Les conséquences négatives de l’adhésion à une secte peuvent inclure les suivantes : interruption de la scolarité et de la formation professionnelle pour les membres, changements radicaux de leur personnalité et perte de perception de la réalité, qui peuvent mener à des conflits avec leurs proches et leurs amis intimes. De plus, des problèmes psycho-sociaux peuvent surgir comme résultat de leur changement d’orientation et de vision du monde, aussi bien que par les méthodes employées par la secte pour influencer le psychisme.

La mise à part de membres d’une secte vis-à-vis du monde extérieur, la focalisation sur le monde de la secte, l’agression contre des membres de sectes et contre des intrus à l’occasion de la défense fanatique de l’idéologie de la secte en cause, aussi bien que le rejet de la pensée rationnelle dans tout cela sont considérés comme de dangereuses conséquences. La tendance à la dépendance, la perte de l’autonomie et l’isolement sont inculquées dans la personnalité des gens, et sont souvent accentuées par le caractère de cohésion de tels groupes. La tromperie au moyen de méthodes dissimulées de manipulation et de pression psychologique, aussi bien que l’intrusion délibérée de ces sectes dans les sphères politique et économique révèlent le danger d’organisations totalitaires.

La pratique des pressions psychologiques, l’exploitation des finances et du labeur des convertis, leur isolement social et la restriction complète de la liberté personnelle au moyen de

méthodes de manipulation et de mise sous influence indue, le tort causé au psychisme et à la santé, et un certain nombre d’incidents fatals obligent l’observateur à conclure qu’au cours de leurs activités les sectes violent systématiquement la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme[2]. Ceci inclut celles dont nous traiterons ici, et celles qui ne seront pas mentionnées pour d’évidentes raisons d’ordre du jour. Points particuliers :

--Article 3 : « Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »

--Article 4 : « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. » Beaucoup de sectes non seulement se livrent à des trafics de personnes, mais aussi créent pour leurs adeptes de vraies conditions d’esclavage.

--Dans certaines sectes, on viole l’article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »

--Violation de l’article 12 : « Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille. ». Nous savons que c’est une pratique constante des sectes.

--Dans certaines sectes nous observons la violation des points 2 et 3 de l’article 16, violation qui est parvenue à un statut doctrinal dans la secte : « Le mariage ne sera conclu entre époux qu’avec le libre et plein consentement des époux. La famille est l’unité naturelle et fondamentale de la société, et elle a droit à sa protection par la société et par l’Etat. »

--Violation de l’article 17, qui déclare : « Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété. » En fait c’est la raison de la création et de l’existence de la majorité des sectes destructrices. Dans le processus l’usage de méthodes de manipulation et de force a un caractère spécialement subtil.

--En se servant de trompeuses méthodes de persuasion, de l’isolement vis-à-vis de l’information et de la mise sous influence, ainsi que l’exploitation des craintes dans l’intention de retenir les convertis, toutes les sectes violent l’article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction », et l’article 19 : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit », et finalement au point 2 de l’article 1 de la Déclaration sur l’Elimination de toutes formes d’Intolérance et de Discrimination Fondées sur la Religion ou la Croyance (résolution 36/55 de l’Assemblée Générale de l’ONU) : « Nul ne sera soumis à une contrainte qui affecterait sa liberté d’avoir une religion ou une croyance de son choix ».

--L’ utilisation de la contrainte lors du recrutement nous mène à envisager la violation du point 2 de article 20 : « Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association ».

--L’isolement social des adeptes, c'est-à-dire, leur mise à l’écart des pratiques sociales, comme cela est effectué dans un certain nombre de sectes, viole l’article 21 : « Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis» et également concernant l’article 29 : « L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible. » ´

--La stricte régulation de la conduite, et l’usage de travail non payé ou sous-payé, ceci par des moyens de pression psychologique viole l’article 23 : « Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale ceci aussi bien que dans les articles 24 et 25. »

--Article 26 : « Toute personne a droit à l'éducation. ». Cet article est violé par un certain nombre de sectes, qui pratiquent une privation effective de ce droit envers leurs adeptes et leurs enfants.

--La violation de l’article 27 est caractéristique concernant quiconque est dans des sectes : « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. »
            --La pratique du recrutement illégal de mineurs viole directement le point 2 de l’article 5 de la Déclaration sur l’Elimination de toutes les formes d’Intolérance et de Discrimination fondées sur la Religion ou la Croyance. « Tout enfant doit profiter du droit d’accéder à l’éducation en matière de religion ou de croyance en accord avec les souhaits de ses parents, ou, le cas échéant, de ceux qui en ont légalement la garde, les meilleurs intérêts de l’enfant étant le principe directeur, et le point 5 du même article : Les pratiques ou les croyances dans lesquelles un enfant est élevé ne doivent pas être préjudiciables à sa santé physique ou mentale ou à son plein développement. »

L’activité des sectes viole aussi un certain nombre d’autres documents et dispositions législatives de nos pays, lesquelles ne peuvent pas être citées dans le cadre du présent exposé.

Ce qui est dit précédemment est la raison de politiques sociales et gouvernementales actives dans certains pays d’Europe et au Conseil de l’Europe, politiques orientées vers la défense des droits civils, vu la menace de sectes totalitaires et destructrices. Etant informée de ce que les principes démocratiques sont face à la menace d’un nouveau danger, qui est à un haut degré similaire au Nazisme selon beaucoup d’analystes des sectes, l’Europe a adopté un certain nombre de mesures qui restreignent l’activité destructrice des sectes.

Par exemple nous nous souvenons d’une décision de l’Assemblée du Conseil de l’Europe du 22 juin 1999, déclarant la nécessité de créer une organisation Européenne destinée à poursuivre les groupes de type religieux, ésotérique, ou spiritualiste, organisation qui faciliterait l’échange d’informations entre les centres concernés des Etats membres, et qui suggérerait que le Conseil de l’Europe entreprenne aussi des actions pour encourager la création de groupes d’information dans les pays d’Europe Centrale et Orientale.

Dix ans ont passé depuis cela. Aujourd’hui nous nous rassemblons ici dans la superbe ville de St. Pétersbourg ; nous pouvons voir que notre Conférence de la FECRIS comporte de nombreuses organisations d’Europe Centrale et Orientale. Dans mon seul pays, nous avons une trentaine de centres actifs de recherche et d’information sur les sectes. Nous apprécions hautement ce contact, qui a donné beaucoup d’élan à des organisations jeunes et pas très expérimentées pour travailler et pour avancer. Nous avons senti que nous ne sommes pas seuls et que des gens parmi les plus sincères, responsables, honnêtes et sages en Europe appuient notre travail et nous offrent de coopérer.

Ainsi, nous, citoyens de la grande Europe, selon les mots de François Mitterand, de l’Atlantique au Pacifique, nous nous rencontrons ici, aujourd’hui pour continuer notre travail, pour développer notre amitié, et pour étendre notre coopération dans notre mission difficile, souvent mal appréciée et pourtant très nécessaire.

Encore une fois, chers amis et collègues, bienvenus en Russie, bienvenus à St. Pétersbourg, bienvenus à l’Université de St. Péterbourg, bienvenus à notre conférence.

 



[1] Centre of Religious Studies, Moscou