Richard Monvoisin

Richard Monvoisin est docteur en didactique des sciences et chargé de cours à l’Université Grenoble 1, France. Il est spécialiste de l’éducation à la pensée critique. Il est chercheur associé au laboratoire de zététique de Nice.

Un problème de santé de dernière minute a empêché Richard Monvoisin d’être présent parmi nous à Pise mais il a aimablement  permis qu’on inclue un résumé de sa présentation.

Je suis en quelque sorte un intrus dans ce congrès, car même si je suis membre du GEMPPI (Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en vue de la Prévention du Sectarisme), mon travail ne porte pas explicitement sur les sectes. Je suis chercheur associé au laboratoire de zététique de Nice, en France, et chargé de cours de zététique à la faculté de Grenoble. Cela signifie que mon travail essentiel est la zététique, du nom grec Zeteîn signifiant « chercher la raison des choses ». Le sens moderne du mot zététique recouvre deux notions. D’abord, l’investigation des phénomènes réputés étranges, bizarres, surnaturels, paranormaux : j’étudie toutes les théories extraordinaires qui semblent sortir du cadre interprétatif de la science connue. Je travaille donc sur les croyances « scientifiques », c'est-à-dire celles qui tentent de remporter l’adhésion des gens avec des preuves insuffisantes.

 

Ensuite, la zététique désigne pour nous tout ce qui se rapporte à l’éducation à la pensée critique. Nous servant des phénomènes étranges étudiés, nous pointons les biais de raisonnement, les erreurs classiques d’interprétation, les sophismes, les mécanismes mentaux de persistance dans l’adhésion. L’objectif est d’amener les individus à élaborer une panoplie d’outils d’autodéfense intellectuelle face à toutes les sollicitations qui pourraient remporter fallacieusement leur jugement.

 

En clair, mes collègues et moi sommes en amont des problèmes qui vous préoccupent. Nous savons que les associations anti-sectes, les ADFI locales ou le GEMPPI en France n’auraient pas ou plus de travail si nous autres, éducateurs à la pensée critique, étions nombreux et faisions bien notre travail. La stratégie est donc de développer cette éducation, à tous les niveaux : faire une sorte de prévention du sectarisme à la source. Cela nous semble d’autant plus facile que les notions mises en jeu sont simples et ne nécessitent pas de formation scientifique pointue.

 

Le langage est la première source chronologique d’aliénation sectaire. Beaucoup d’individus se laissent happer par la spirale de la secte à partir d’une proximité de langage, d’une sorte de communion intellectuelle tacite sur la base d’un lexique commun. C’est pour cela que j’ai choisi, avec Didier Pachoud, de vous parler de ce sujet. Je ferai deux préalables qui me semblent importants.

 

Primo, le meilleur moyen que je connaisse pour apprendre à quelqu’un à détecter une erreur ou un piège intellectuel est de le nommer.

Secundo, le meilleur moyen pédagogique est de lui donner un nom facile à retenir.

 

Voici quatre points que je vais aborder durant la conférence et dont les illustrations peuvent aisément être remplacées par d’autres, dans votre langue, dans votre pays, dans votre groupe social. Il s’agit

1)      Des termes à « saveur » scientifique mais détournés, comme l’énergie, la résonance, le magnétisme, etc. Pour désigner ces glissements de sens d’un mot, nous parlons en zététique d’Effet Paillasson. Pourquoi paillasson ? Parce qu’il est fréquent que sur les paillassons, soit écrit « Essuyez vos  pieds ». Pourtant, jamais personne n’enlève ses chaussures, ses chaussettes, et s’essuie littéralement les pieds. Le glissement de sens sans conséquence ici, peut être dramatique dans certains cas.

2)      Des concepts fourre-tout intuitifs : l’équilibre (et les déséquilibres), les fluides, les tensions, l’aura, le bien-être, le développement personnel. Nous parlons en zététique d’Effet Impact, puisque le choix des mots repose non sur leur sens mais sur l’impact affectif qu’ils génèrent.

3)      Des rhétoriques : trois au moins sont très simples à expliquer. La rhétorique du secret initiatique, qui permet de flatter la « proie ». La rhétorique du complot extérieur, qui permet de l’isoler. Enfin, la rhétorique du repoussoir, ou du faux dilemme, qui consiste à donner l’illusion de donner du crédit à son camp en critiquant négativement une discipline compétitive.

4)       Des prétentions floues. Montrer que certaines théories sectaires sont suffisamment nébuleuses pour que, même sans effet réel, l’adepte ne puisse vérifier de lui-même les effets prétendus et se voit dépossédé de tout contrôle sur sa pratique.

 

Toute la démarche sera de trouver les exemples qui, prélevés dans la sphère sociolinguistique de votre public, pourront sensibiliser celui-ci et marquer sa mémoire. Rappelons que si l’engagement sectaire débouche sur des drames incroyables, son amorçage est généralement totalement anodin. A l’instar des notions de premiers secours dès le plus jeune âge, cette gamme d’outils d’autodéfense intellectuelle permet à tout un chacun de faire des choix en pleine connaissance de cause et désamorce à peu de frais de terribles drames humains.